« Les oranges et les pêches, ça se mélange ?? .. Ben ouai ! »

Publié le par Estelle Little

« Les oranges et les pêches, ça se mélange ?? .. Ben ouai ! »

Au bout de quatre mois en Russie, je me suis moi-aussi mise à faire des « analogies à la russe ». Celle dont je suis la plus fière est celle sur les russes justement. « Nous autres sommes des pêches alors que les russes sont des oranges ». Jeeez, qu'est ce qui a bien pu me passer par la tête ?

Croisez un russe – et encore pire, une russe – dans la rue, dans les transports … il ne vous paraîtra pas sympathique! Ils ne disent pas bonjour, sursautent quand vous leur dites merci parce qu'ils vous ont tenus la porte, s'engueulent dans la rue... Mais surtout, ils vous regardent avec cet air froid, distant, voire hautain qui vous glace ! Tout m'est passé par la tête, « peut être que c'est mon henné, peut être que je suis un peu trop bronzé, peut être que j'ai un look un peu trop hippie.. mais pourquoi est-ce qu'ils me regardent comme ça, bon sang ? ». Si chez nous, lorsque nous croisons des inconnus nous faisons semblant de ne pas les voir, si nous avons le nez fourré dans un bouquin et des écouteurs dans les oreilles et sommes totalement indifférents à ce qui se passe autour, ici ce n'est pas le cas. Les gens observent et vous regardent droit dans les yeux. Or là ou nous aurions fait un sourire gêné pour nous excuser d'avoir été intrusifs au détour d'un regard, les russes eux appuie encore davantage le leur. Qu'est ce qui se cache derièrre ce regard froid ? Je ne sais pas, au début je pensais qu'il s'agissait du soupçon, de la méfiance, mais peut-être n'est ce que de l'interrogation (en admettant que le fait que je sois étrangère se voit). En tous cas, il n'y a pas de cette indifférence qui est notre quotidien dans les grandes villes françaises.

Admettons maintenant que vous soyez perdu et ayez une question à poser à ces gens qui vous regardent étrangement ? Et bien vous serez surpris. Premièrement, n'ayez crainte, que vous soyez russe ou étranger, que vous vous soyez préparé 10 minutes votre question dans la tête pour la dire sans faute et avec votre plus bel accent : un russe vous demandera de répéter la question ! Pourquoi ? Tout simplement car il n'est pas habituel pour eux d'être stoppé dans leur train-train. Une fois la question posée une seconde fois, il y a deux alternatives : soit un magistral « я не знаю » (« Je ne sais pas » - en d'autre terme, je m'en moque de tes problèmes, j'ai les miens) ; soit ce sera quelqu'un qui se pliera littéralement en quatre pour vous aider. Pour exemple, à mon arrivée à Nizhni à 6h45, chargée d'une grosse valise, un agent de service de la mairie a pris 30 minutes sur son temps de travail pour m'emmener jusqu'à mon université (vérifiant même si j'étais bien installée). Autre exemple, le système de transport ici étant ce qu'il est, je me suis trompée d'arrêt de bus (« остоновка ») et suis sortie à la mauvaise du même nom. Perdue, je croise deux hommes dans la rue qui m'ont accompagnée pendant 45 minutes jusqu'à là où je devais aller pour ne pas que je me perde à nouveau. Il faut admettre que ce n'est pas courant !

Une fois la conversation entamée (et ce, en toutes circonstances, par hasard ou au travers d'une connaissance commune, dans un bar, en soirée, a un arrêt de bus, à l'université, dans un train...), ils peuvent devenir de formidables amis d'une fidélité sans faille. Toujours à prendre de vos nouvelles, toujours à vous proposer des plans de soirées improbables, à vouloir vous aider etc... Il pourrait m'arriver n'importe quoi, je pense qu'on se pousserait au portillon pour m'aider. Ils ont aussi cette manie d'inviter à « boire le thé ». Ne vous méprenez pas, il s'agit pas simplement d'un thé mais d'un vrai repas. Le terme « thé » a juste pour objectif de décomplexer l'invité quant à la gène qu'il pourrait occasionner pour ses hôtes mais aussi à lui oter l'idée d'apporter un « petit présent ». (En Russie, on vient rarement les mains vides chez quelqu'un qui vous invite – hormis s'il s'agit d'un « simple » thé.)

Ainsi pour en revenir à mon analogie bizarre. Nous autres sommes des pêches, à priori doux à l'extérieur, le sourire facile, la conversation est en principe facile à engager, nous sommes doux et sucrés jusqu'au point fatidique du noyau – l'intimité. Pour ce qui est des russes - les oranges-, c'est l'inverse! Une fois la pelure retirée, il peut y avoir des petits pépins et un soupçon d'acidité (de franchise sans tact) mais eux se mettent à nu. Ils n'ont plus de secret pour vous, sont pleins d'attention, ont le rapport tactile et la confiance très facile: vous êtes autorisés à tout savoir d'eux. Le problème, c'est qu'ils attendent la même chose de vous dans les mêmes délais...

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C
Super Estelle ! Merci de nous faire partager ces expériences et de nous faire découvrir le &quot;Russe&quot; à travers ton regard, et surtout ton écriture qui est très agréable.<br /> Des gros bisous de Montpellier :)
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